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Interview de Céline Malorey, co-auteure d’Entre nous, méthode FLE pour grands adolescents et adultes

Céline Malorey est co-auteure de la méthode FLE pour grands adolescents et adultes Entre nous (niveaux 2, 3 et 4). Découvrez son interview dans cet article !

 

Vous êtes co-auteure de la méthode FLE pour adultes Entre nous et vous travaillez également en tant que formatrice. Pouvez-vous nous parler rapidement de votre parcours ? 

Céline Malorey : Comme beaucoup de personnes travaillant dans le FLE, j’ai un parcours qui n’est pas forcément « conventionnel ».

Après une classe prépa littéraire, j’ai suivi un double cursus à l’université dans le domaine des sciences humaines (lettres modernes et philologie hispanique). J’ai obtenu un Master de littérature comparée franco-espagnole puis travaillé pendant trois ans dans une maison d’édition comme responsable littéraire.

Suite à cette expérience passionnante qui m’a permis de découvrir la richesse et la variété des métiers de la chaîne du livre, je suis partie enseigner le FLE au Mexique pendant deux ans et demi. De retour en France, j’ai préparé un Master professionnel en ingénierie de projets puis passé le CAPES afin de devenir enseignante d’espagnol.

Mais l’envie de continuer de voyager pour et par mon travail était toujours présente. C’est ce qui m’a conduit à postuler au Centre International d’Études Pédagogiques (CIEP) où j’ai commencé à travailler en 2012 comme chargée de programmes. Dans ce cadre, je suis effectivement formatrice de formateurs, et collabore avec des enseignants du monde entier pour partager expériences et pratiques de classe. C’est très intéressant !

Entre nous, c’est quoi pour vous ? Parlez-nous de la philosophie de cette méthode.

CM : Pour moi, la philosophie de cette méthode est double : encadrer pour mieux libérer et agir pour mieux apprendre.

Je m’explique : la façon dont la méthode est conçue permet de guider précisément l’enseignant qui l’utilise : chaque unité est très structurée et respecte l’organisation d’une unité didactique avec trois phases bien distinctes :

  • Un travail d’accès au sens, avec un éventail de documents variés, écrits et audios, sur une thématique actuelle. Ce sont les pages « Premiers regards » et « Premiers textes ».
  • Ensuite, un travail sur la langue avec des focus sur des points de grammaire en contexte, toujours à partir de documents actuels et le plus souvent authentiques, et la mise en place d’une démarche inductive : c’est l’apprenant qui est amené à repérer et analyser des faits de langue, qu’il va mémoriser ensuite grâce aux activités de systématisation.
  • Enfin, la part belle est donnée à l’expression avec des activités de production à l’oral et à l’écrit et des propositions de tâches finales qui encouragent la collaboration entre les apprenants, tout en les invitant à donner leur avis, mais aussi faire appel à leur propre vécu, leur imaginaire et leur fantaisie.

Un cadre très structurant donc, mais au sein duquel les modalités d’interaction entre apprenants sont extrêmement variées et offrent une grande liberté d’expression. Conformément aux principes pédagogiques de la perspective actionnelle, l’utilisateur d’Entre Nous est en permanence acteur de son apprentissage.

Quels étaient vos objectifs, vos envies, lorsque vous avez commencé à travailler sur ce projet ? 

CM : Ma principale envie était de travailler en équipe. Je trouve très stimulant de réfléchir à plusieurs sur les contenus d’un manuel, chacun amenant sa sensibilité, ses connaissances, son expérience et son savoir-faire.

Mon premier objectif était de proposer des documents déclencheurs modernes et qui sortiraient de l’ordinaire, de ce qu’on voit traditionnellement dans les manuels. J’avais envie d’encourager des activités d’expression un peu décalées ou loufoques, faisant appel à l’imagination et à l’humour, notamment pour faire que l’enjeu de l’apprentissage ne soit pas uniquement grammatical, et que l’utilisation de la méthode en classe génère une atmosphère de travail agréable, bienveillante et dynamique.

Je souhaitais également essayer de partager mes « bons trucs » : tout ce que j’ai pu tester en classe ou en formation et qui a enthousiasmé les participants. En particulier concernant certains aspects culturels ou certaines activités ludiques.

Comment les avez-vous atteint dans Entre nous ?

CM : Je pense vraiment que les modalités de travail mises en place pour la rédaction Entre nous sont particulièrement efficaces.

D’abord parce que les auteurs viennent d’horizons divers : chacun avec son parcours, son métier, ses passions, son mode de vie, qui transparaissent forcément dans les contenus que nous choisissons de proposer. Nous représentons aussi une variété géographique, certains vivant à Paris, d’autres dans d’autres régions de France, et même d’autres pays francophones comme la Suisse ! Cela permet d’apporter un croisement de regards variés sur le quotidien, les habitudes des Français, etc.

Ensuite parce que l’organisation de ce travail collectif fait naître une alchimie intéressante entre les convictions pédagogiques et la fantaisie des auteurs, la vigilance et le professionnalisme de l’éditeur, et l’œil expert du réviseur pédagogique. Chaque auteur commence par travailler en binôme avec un autre auteur sur son unité, puis poursuit la rédaction avec l’éditrice et le réviseur pédagogique dans un échange et un va-et-vient permanent d’idées et de suggestions.

Ces moments de travail en équipe, lorsque nous nous réunissons auteurs, éditeur et parfois réviseur pour relire et corriger ensemble les unités, sont vraiment ceux que je préfère. Nous travaillons ensemble, dans la bonne humeur, l’écoute et le respect du travail de chacun. C’est très important et je pense que cela participe de la qualité finale du manuel dont nous sommes tous très fiers ! 😉

Quels sont les autres points forts que vous mettriez en avant ? 

CM : Je trouve que la diversité des activités et des tâches proposées est un vrai point fort. D’ailleurs, plusieurs professeurs qui utilisent la collection m’ont déjà fait ce retour. Il n’y a pas de routine, les apprenants ne s’ennuient pas et passent de bons moments en classe de français !

Je dirais également que la variété des documents déclencheurs est importante pour maintenir l’intérêt et la motivation : nous travaillons aussi bien à partir d’extraits d’articles ou de textes littéraires, que sur des chansons, des sites internet, des infographies, des dessins humoristiques, des campagnes publicitaires ou de sensibilisation, des sites institutionnels, des associations etc.
 

Parlez-nous de votre travail d’auteure. Qu’avez-vous découvert « en passant de l’autre côté du manuel » ? 

CM : Le travail d’auteur est un ouvrage de longue haleine nécessitant patience, souplesse et humilité. On passe beaucoup de temps à faire des recherches de supports authentiques riches et originaux, puis à réfléchir aux meilleures manières de les didactiser. Parfois, on croit avoir de bonnes idées et la relecture d’un co-auteur ou de l’éditeur vient mettre le doigt sur des incohérences ou un dysfonctionnement. Il faut accepter alors de renoncer à certaines choses, même si elles nous tiennent à cœur, et ne pas hésiter à recomposer pour améliorer le contenu d’une unité. Telle Pénélope avec sa toile, l’auteur fait et défait indéfiniment ! Jusqu’à ce qu’arrive le moment où il faut savoir arrêter, car on pourrait sans cesse apporter des retouches et modifications.

Et pour finir, quelle est votre citation préférée de toutes celles qui apparaissent sur la double page d’ouverture de chaque unité ?

CM : Il y en a plusieurs que j’aime beaucoup ! Je les trouve très inspirantes, et toujours bien choisies. A l’image du manuel, elles sont réfléchies et transmettent avec subtilité des messages. Souvent, elles constituent un clin d’œil et sont à lire au premier, second voire troisième degré !

« De la musique avant toute chose » qui ouvre l’unité 2 d’Entre Nous 3 « Tout pour la musique » me plait beaucoup. D’abord parce que c’est le premier vers d’un poème de Verlaine que je trouve très beau : « Art poétique » ; et surtout parce que la musique dont il est question ici n’est pas seulement celle des notes et des chansons, mais aussi celle des mots et de la langue, exactement comme dans cette unité qui aborde notamment les figures de style et les registres de langue.

Cette citation constitue à mes yeux un bon résumé de ce que doit procurer l’apprentissage d’une langue étrangère : le plaisir d’une nouvelle mélodie qui entre dans notre vie, et qui ouvre à de nouvelles sensations, de nouvelles rencontres et de nouvelles opportunités personnelles et/ou professionnelles.

« De la musique encore et toujours ! Vers d’autres cieux à d’autres amours. » conclut Verlaine ! 😉